Sale gros va !
Oh le méchant titre.
Récemment, une phrase, "une petite phrase" comme on dit en politique, m'a interpellé. Elle est signée du candidat socialiste François Hollande lui-même. Invité pour parler de son programme, on l'a d'abord questionné sur sa perte de poids. Logique me direz-vous. Quand on lui a fait remarquer qu'il soignait nettement plus son image, il a eu cette réflexion : "pour me présenter, je me devais d'être présentable".
Argh. Voilà que je m'étrangle devant mon poste. L'homme qui incarne la tolérance de gauche vient de dire à des millions de Français qu'avoir de l'embonpoint, c'est ne pas être présentable. Et le laïus continue. La bonhommie, les blagues, l'humour, c'était avant. Maintenant, c'est la gravité, la responsabilité. En gros, un gros ne sera jamais qu'un amuseur public, le type sympa à qui on ne peut surtout rien confier, mais qu'on veut bien inviter à l'apéro parce qu'il a toujours des bonnes blagues à raconter.
Alors on va me dire que j'extrapole, que je m'enflamme tout seul dans mon coin. Que je sur-interprète. Ok. Quelques jours plus tard, la SNCF demandait à ses employés de bien vouloir soigner leur présentation, en perdant, si possible, quelques kilos. Et là, je surjoue peut-être ?????????????? Dans le nombre de points d'interrogation sans doute.
Je vois d'ici le tableau. En fait, tout ceci n'est qu'un moyen d'améloirer la santé publique. Bien sûr, le surpoids est vecteur de problèmes variés, ce qui coûte cher à l'assurance maladie. François Hollande a voulu être précurseur, montrer la voie, prouver que oui, c'est possible de perdre du poids, que c'est une question de volonté ! Plus prosaïquement, en perdant des grammes, il voulait gagner des voix. On aimerait ne pas voir la logique, mais on ne la voit que trop bien. Et cette fois c'est sûr, quel qu'il soit, le futur président manquera sans doute d'un brin d'authenticité.
La race des champions
Ca fait un petit moment déjà que je médite ce message. Depuis Christophe Lemaître et son 100m en 9"99 en fait. Mais il me manquait quelques éléments pour être totalement constructif. La victoire de Na Li à Roland-Garros a achevé ma réflexion.
Parce que oui, Christophe Lemaître est le premier "Blanc" a tombé la barre des 10 secondes au 100 mètres. Et Na Li, dans tous les commentaires, est devenue la première "asiatique" à remporter un Grand Chelem. Bien. Plutôt que de s'attarder sur ces "critères", personne ne s'est intéressé à ce qui reflète en fait un changement de culture dans le sport mondial.
Les Noirs vont-ils vraiment plus vite que les Blancs ? Les Asiatiques sont-ils vraiment plus forts génétiquement que les Arabes (par exemple) au tennis de table ? Les questions ne se posent pas en ces termes... A-t-on déjà un vu un Noir du Kénya courir vite ? Et a-t-on déjà vu un Noir américain écraser la concurrence sur 5.000 mètres ? Avant toute notion de "race", il faut d'abord établir un rapport de "culture sportive". Pour qu'une nation soit efficace, il lui faut : un grand champion qui donne envie aux jeunes de s'y mettre, une détection affûtée pour repérer les plus prometteurs et un encadrement de haut niveau. Et ce, dans chaque discipline.
Pour cela, chaque pays, chaque continent a des spécificités historiques. Si aujourd'hui le football africain fait doucement son retard et si le continent asiatique nous réserve quelques surprises, c'est parce que le sport de haut niveau se mondialise et que les meilleurs entraîneurs parcourent désormais le monde, comme le génial Christian Bauer qui a fait de la Chine une nation majeure de l'escrime ! On peut aussi envisager la percée d'un nageur africain ou d'un cycliste asiatique dans les prochaines années. Une révolution.
Aujourd'hui, Lemaître a montré la voie. Na Li a suscité la curiosité. Partout, des jeunes peuvent pratiquer le sport qu'ils ont vu à la télé, et pas seulement LE sport que LE club de LA ville propose... Dans les cinq ou dix prochaines années, il faudra trouver une autre distinction que celle de la couleur de peau. Et d'ailleurs, si on pouvait commencer dès maintenant, ce ne serait pas plus mal.
Coupez !
Et si j'apportais mon petit écot au débat sur le nucléaire ? Tout ou presque a été dit, et le challenge de trouver un nouveau point de vue n'est pas peu mince. Appuyons nous d'abord sur ce chiffre: 79%. Près de 8 Suisses sur 10 sont pour l'arrêt progressif des centrales nucléaires de leur pays. Ils sont aussi pour qu'on arrête la centrale de Fessenheim, située à 30 km de leur frontière.
De là me vient une réflexion, puisque l'on peut facilement identifier le mode de vie helvétique à celui des Français. On mange autant de chocolat et de fromage, si ce n'est plus, et les montagnes, ça nous gagne. Ce type de sondage n'a que peu vu le jour en France, à se demander si ça en dérangerait certains. Sortir du nucléaire, donc, ce n'est pas possible. Pas envisageable. Pourquoi me posez-vous la question ? C'est à peu près la teneur des propos de la classe politique française, pratiquement au grand complet.
Et pourquoi donc me direz-vous ? Tout simplement parce que 80% de notre consommation est nucléaire. Pour rappel, nos centrales ont donné leur pleine puissance au coeur de l'hiver, avec un pic jamais atteint dans l'Histoire d'EDF. Ceci m'inspire une réflexion : sortir du nucléaire impose que l'on dicte nos choix. Les peuples arabes font leur révolution démocratique, pourquoi les peuples occidentaux ne feraient-ils pas leur révolution énergétique ?
Pour fermer une centrale comme Fessenheim, il faudrait d'abord qu'elle n'ait plus lieu d'être. Autrement dit que la consommation soit trop faible pour justifier sa présence, soit 5% de moins qu'aujourd'hui à peu près. Militer pour l'arrêt des vieilles centrales (première étape), ce n'est pas en signant des pétitions, c'est en tournant le bouton. On éteint la lumière quand on sort. On met son chauffage à 19 au lieu de 20 degrés. On ne laisse pas les appareils en veille. On utilise les modes "éco". On remplace les ampoules usagées par des "basses consommations". On ne laisse pas la télévision parler dans le vide pendant deux heures alors qu'on fait autre chose. Toutes ces petites habitudes qui font de nous des sur-consommateurs d'énergie. Et puis un jour peut-être, une loi obligera les architectes à concevoir uniquement des maisons à énergie positive.
D'ici là, il n'est même pas question de chambouler notre façon de vivre. Limiter sa consommation, à titre personnel, c'est aussi réduire sa facture. Mais comme pour une élection, c'est par le nombre que l'on s'exprime au niveau national. En espérant que cette fois, ce ne soit pas l'abstention qui l'emporte.
Ca fait réfléchir
Le triptyque japonais séisme / tsunami / catastrophe nucléaires'apparente à la plus grave crise naturelle / industrielle / humaine de l'Histoire de l'humanité. Pendant ce temps, la Libye se déchire comme jamais avec un fou sanguinaire qui étripe son peuple, les troupes saoudiennes entrent à Bahreïn, la Côte d'Ivoire continue de verser son sang par la simple volonté d'un homme qui refuse la défaite, la Belgique n'arrive pas à trouver un gouvernement d'union, la Croatie accuse le sien de corruption, la Corée du Nord teste ses missiles sur ses petits copains du Sud...
Respirons un grand coup.
Pendant ce temps, l'Europe fait face à une montée sans précédent de l'extrême droite depuis l'instauration d'un processus démocratique. La peur de l'autre, de l'étranger, l'envie de se replier sur soi, de se cacher, de mettre des oeillères favorisent cette hausse. Mais le Front National, par exemple, n'empêchera jamais des produits fabriqués par des petits chinois d'arriver dans nos supermarchés, ne repoussera pas à la frontière une pollution atomique, fut-elle allemande, aura fort à faire si il veut se priver du gaz russe.
La mondialisation est la norme. Télévision coréenne, frigidaire allemand, voiture allemande aussi (tiens?), console de jeux japonaise, jean tunisien, concentré de tomate chinois, céréales roumaines, miel bulgare... Le fait est là, et plutôt que de le renier, il faut surtout savoir comment trouver sa place dans ce monde. Ouvrir nos yeux et nos oreilles.
La guerre civile en Libye nous concerne. Et pas pour le pétrole. Elle nous concerne parce que nous avons toujours défendu les valeurs de liberté et de démocratie. La crise japonaise nous concerne. Et pas pour les voitures. Elle nous concerne parce que nous avons toujours défendu les valeurs de solidarité et de fraternité. C'est l'idée que je me fais de la France. Un pays soucieux des autres, qui tend la main et qui apporte son aide. Les Français ont des problèmes au quotidien - moi le premier - mais que sont-ils, que sont-ils en comparaison de la mort qui rôde et qui fauche allègrement chez nos frères et nos amis terriens ? Nous appartenons tous à la même famille. Celle des Hommes. Il est temps de l'intégrer.
Droits Télé... et les devoirs ?
Voilà, les Experts sont devenus les Invincibles. Champions olympiques, du monde, d'Europe et re-du monde. Pour l'occasion, France2 a "bouleversé" sa grille pour diffuser la finale face au Danemark. Il a fallu attendre le dénouement pour voir quelques images en clair de la plus brillante équipe de France de tous les temps, tous sports confondus. Les pics ont fusé lors des interviews. Fernandez, Karabatic, Omeyer, tous ont placé un tacle en direction des chaînes françaises qui continuent d'ignorer un sport porté par des valeurs de respect et d'abnégation.
Karabatic qui vous rappelle pour une interview, une équipe qui se lance dans un improbable karaoké, ces mecs-là ne se la jouent pas grands seigneurs, mais plutôt grands Princes. Il y aura sûrement des primes, mais ces sportifs-là ont la descence d'en parler une fois le sacre acquis. De ne pas en faire une condition préalable à un tournoi majeur. Ces Bleus-là n'ont peur de personne et assument leur statut.
Les footballeurs se ridiculisent et s'enlisent dans leurs contradictions. Les basketteurs n'arrivent pas à mettre leurs égos surdimensionnés au diapason d'un sport collectif. Les rugbymen explosent ou implosent sans que l'on en comprenne la logique. Les handballeurs eux, sont là. En place, solidaires, volontaires, guerriers. Patriotes.
Il n'y a pas que France Télévisions sur le créneau des chaînes non payantes. TF1, M6, voire les chaînes de la TNT comme Direct8 auraient pu flairer le filon. On préfère diffuser un match de l'équipe de France de foot espoir ou un Pays de Galle / Angleterre dont tout le monde se fout en prime time ! Hors coupe du monde, ça ne viendrait à l'esprit de personne de diffuser un Brésil - Argentine de foot en clair et en prime, mais France2 nous gratifie d'un match des Six Nations sans les Bleus. Le pire, c'est qu'il y aura sans doute trois ou quatre millions de téléspectateurs pour me faire mentir.
Bref, il est triste de voir qu'on ne mise pas sur l'équipe de France de handball. Qu'on attend de voir s'ils sont en finale pour dire "on y est!" A aucun moment on a eu le sentiment que le pays était derrière eux. Et ce titre acquis à l'extérieur n'en a que plus de valeur. Le mot de la fin, pour bien cerner tout l'engouement de l'équipe de Stade2, c'est cette phrase de Lionel Chamoulaud : "Et toutes nos excuses à ceux qui attendaient Michel Drucker". Ah oui. Pardon d'être champions du monde.
Enfin voilà quoi.
De plus en plus de personnes ont la parole. On la leur donne et elles la prennent. Dans tous les domaines d'ailleurs. Pour dire quoi ? Bien souvent, les phrases ont tendance à se finir par un laconique "...et voilà quoi." Le "voilà" est utilisé comme ponctuation finale, comme pour dire que l'explication, voire la démonstration, est terminée. Une sorte de CQFD des temps modernes. Le problème, c'est que la phrase en question est en général en suspens.
Un accident : la voiture est arrivée... et voilà. Un but ? Le ballon arrive bien, je la contrôle... et voilà. L'avantage, c'est que ça force l'interlocuteur ou l'auditeur à un effort de reconstitution. La faiblesse des mots peut-elle donner plus de poids à l'imaginaire ? Quand on n'a pas les mots, on tricote autour de ce qu'on nous donne. Au risque évident de s'éloigner de la vérité. Sans aller la chercher ailleurs, la confusion règne de plus en plus autour des histoires racontées par les uns et par les autres.
Le slammeur - philosophe Abd-Al Malik disait récemment qu'il fallait éduquer nos jeunes, car sans les mots pour exprimer les sentiments, ils devaient trouver un autre moyen, le plus souvent, malheureusement, la violence. Je suis d'accord avec Abd. Ou Malik ? Bref, Al a très bien vu le problème principal de la France de demain : la difficulté à s'exprimer. L'étude Pisa 2009 a montré que les ados français ne comprenaient pas très bien ce qu'ils lisaient (en moyenne). Est-ce là l'échec du système scolaire à la française ? Je me garderais bien d'établir ce constat.
En revanche, le "voilà" s'est répandu telle une traînée de poudre. Le modèle établi depuis quelques années par la télé-réalité est celui du nivellement par le bas. Des gens qui alignent quatre mots sans fond ni fondement, avec une vacuité proprement effrayante, et que l'on porte aux nues. Bel exemple pour la jeunesse qui s'imagine pouvoir réussir sans forcer son talent. Face à ce vide qui se présente devant nous, et que l'on peut encore éviter, notre devoir n'est pas d'enrichir à l'infini le vocabulaire, mais d'apprendre à exprimer ce qu'on ressent, nos amours, nos emmerdes, nos colères, notre haine. On a tous à y gagner. Enfin voilà quoi.
Handicapé
Un calendrier vient de sortir, et il fait débat. Sur le modèle des Dieux du Stade, il présente des hommes et des femmes dans le plus simple appareil. Petite précision : ils sont en fauteuil roulant ou il leur manque un bras. Choquant ? C'est le but. L'auteur de cette série a voulu frapper fort pour rappeler nos obligations envers ceux qui n'ont pas ou plus la chance de pouvoir se déplacer ou agir à leur guise.
Dans cette optique, j'aimerais aussi apporter ma petite pierre à l'édifice en dénonçant un geste qui me scandalise à chaque fois : l'automobiliste qui se gare sur une place réservée aux handicapés. Pas le temps de trouver une place. Pas envie de tourner. Juste deux minutes. A la nuance près que les warnings ne font pas passer le temps plus vite. Il n'est pas rare de voir ces parasites squatter la place plus de 10 minutes, beaucoup plus parfois.
Bien sûr, les personnes à mobilité réduite qui circulent à voiture ne sont pas légion, mais il suffit d'un "mauvais" timing. Il serait bon de se rendre compte que l'handicapé n'a pas forcément que ça à foutre. Lui aussi peut avoir un rendez-vous. Lui aussi est peut-être pressé. Et il a besoin de place pour sortir aisément de son véhicule.
S le calendrier risque de provoquer quelque émoi, je propose ici un autre type d'action, plus concret. Une personne, en fauteuil roulant, qui reste 10 minutes au milieu de la route, en warning. On verra la réaction. Alors peut-être les étourdis ou les "contrevenants de bonne foi" prendront-ils conscience que si ces places existent, ce n'est pas pour faciliter les livraisons ou pour permettre l'achat de journaux ou - pire - de tabac.
On peut toutefois se poser la question de l'opportunité de verbaliser ces personnes-là. Manifestement, ils souffrent aussi d'un handicap. Leur seul tord, c'est de ne pas avoir le macaron.
Entre les lignes
C'est parfois instructif d'écouter la radio. Le socialiste Claude Bartolone, député de Seine-St-Denis, était ainsi invité à se prononcer sur les manifestations et sur la réforme des retraites. Contestataire, forcément. Mauvaise réforme. Gouvernement qui fait la sourde oreille. Après tout, pourquoi pas ? Le rôle de l'opposition, c'est de s'opposer.
Et là, LA question piège pour tout socialiste qui se respecte : que proposez-vous ? Et là, surprise, Claude Bartolone avait des propositions ! Oui ! Taxer les revenus du capital, mesure phare. Quelques mesurettes plus tard, le socialiste confie dans un demi-souffle, de peur que cela s'entende de trop : "Si tout cela ne suffit pas, il faudra aussi - évidemment - songer à allonger la durée de cotisation... Peut-être 41 ans et demi."
Ah. Là, il y a un hic. Le PS qui pousse les jeunes dans les rues, qui se met en première ligne des manifestations, qui montre sa bouille partout où il peut en vue des prochaines élections, aurait donc comme solution de financement des retraites un allongement de la durée de cotisation ? Je faisais ma vaisselle - je joue la carte de l’honnêteté - j'en ai perdu un verre.
J'en ai même perdu mon éponge à l'énoncé d'une autre "solution" du "socialiste" : développer les fonds de pension ! Vous voulez dire le système qui a provoqué l'effondrement de l'économie mondiale ? Autrement dit, privilégier un système où les plus riches auront le plus la possibilité de cotiser pour s'assurer une retraite paisible. A moins que l'on définisse un seuil de revenus au-dessus duquel, la retraite est "privatisée", et en dessous duquel elle reste basée sur un système solidaire...
Le dossier est compliqué. Les raccourcis pleuvent de tous côtés. Le plus beau, c'est sans doute de faire croire aux lycéens que deux ans de travail en plus pour la génération actuelle, c'est un million d'emplois en moins pour eux... Comme si, au 1er juillet par exemple, un million de personnes allaient partir à la retraite et laisser la place aux jeunes bacheliers qui n'ont pas fait d'études !
La réforme est sans aucun doute nécessaire. Sous quelle forme ? Avec quels financements ? Je n'ai évidemment pas la réponse, mais les explosions que l'on constate aujourd'hui sont le fruit d'une absence totale de dialogue au sein de la classe politique depuis des mois. D'un côté un gouvernement qui fonce droit(e) devant, de l'autre, une opposition qui n'a rien à dire. Au milieu un peuple, qui dans sa grande majorité ne se reconnaît plus dans ses élus. Et si c'était plutôt une crise de la démocratie ?
Merci Ernest
Nous sommes le 21 juillet. Merci de l'info me direz vous. Un coup d'oeil aux 21 juillet de l'Histoire et je me rends compte que c'est l'anniversaire d'Ernest Hemingway. Il aurait 111 ans aujourd'hui. Un nombre magnifique de pureté, que le style de l'écrivain n'aurait sans doute pas renié.
Ernest Hemingway, c'est le Vieil homme et la mer, un roman pour moi inoubliable, parce que mon premier. J'étais tout jeune, peut-être 11 ou 12 ans. On dira 11, pour la symétrie. C'est fou comme un premier roman, c'est comme un premier amour. On plonge dedans à corps et à coeur perdus, on est totalement absorbé de la première à la dernière ligne de notre histoire, qui défile sous nos yeux. On tourne les pages, on a l'impression d'être maître de la situation, mais quand ça se termine, on aimerait tellement recommencer... Mais l'histoire, on la connaît, il n'y a plus de surprise, et on comprend vite que le mieux, c'est encore de la ranger dans une belle armoire aux souvenirs.
Le Vieil homme et la mer m'a profondément bouleversé. Je ne l'ai lu qu'une seule et unique et fois, et vingt ans (ou presque) après, c'est comme si je l'avais lu l'été dernier. L'image, la description, le combat de cet homme seul sur son bateau en pleine mer, le visage taillé par les vents, dont le regard pouvait soutenir les rayons du soleil, tout cela est encré - ou ancré - en moi. Pourquoi ? J'ai mis du temps à le comprendre, à saisir par quelle analogie j'avais pu me reconnaître en ce vieillard fatigué qui livre une dernière bataille dantesque, dont il sera le seul témoin.
Sans entrer dans une introspection folle ni me livrer à une auto-psychanalyse qui n'intéresserait que moi, j'ai peut-être saisi la beauté de la solitude. A l'heure des communications en tous genres, des "amis" facebooks et des commentaires Twitter, de l'Iphone 4 et de l'Ipad, de l'Internet et de la 3G, l'Homme n'existe que dans l'introspection, face à lui-même, face à ses défauts, ses erreurs, ses tourments. Hemingway a fini par me faire comprendre qu'on n'existe pas pour plaire aux autres mais pour mener à bien sa barque, tracer son chemin comme on peut, du mieux possible, à travers les vagues, les déferlantes et les requins.
L'Homme bon, profondément humain, c'est celui qui aura tout surmonté, sans se préoccuper des mauvais coups, sans rancune ni rancoeur. Le personnage d'Hemingway a quelque chose d'Homérique, de presque Biblique. Mais comme je ne porte que ma propre croix, je n'ai qu'à remercier Ernest, et ma route, je la fais en monospace, famille à l'arrière. Moins poétique, mais beaucoup plus moderne.
Sur la route des vacances
Et voilà, le premier week-end de migration estivale est passé, avec son lot de bouchons et de ralentissements, le tout sous un cagnard légendaire, à dessécher un cactus de Mauritanie. Sauf que le susdit cactus ne bénéficie pas de la climatisation. Je me rappelle l'époque où je migrais moi-même, lente transhumance à l'arrière de la Ford Granada de mon père, boîte automatique un peu essoufflée et près de deux tonnes à bouger sur les "faux-plats" qui se transformaient pour le coup en "vraies cotes". Toutes vitres ouvertes, une glacière remplie de boissons de moins en moins fraîches et des arrêts inopinés au milieu de nulle part, en plein désert autoroutier. A droite des champs. A gauche, le bouchon d'en face.
Dans ce temps-là, c'est-à-dire il y a une vingtaine d'années, on enviait jalousement l'heureux possesseur d'une berline moderne que l'on reconnaissait sans peine à ses vitres fermées. Les occupants avaient l'air frais et dispo. Pas une trace de sueur, rien. Remarquez, ça ne les faisait pas avancer plus vite. Du haut de ses 15 litres au cent, mon père se consolait en maugréant: "Oui mais la clim, ça consomme !".
Preuve que les temps changent - et les gens aussi - mon géniteur a troqué son char contre une Clio. Il aura sans doute perdu en confort ce qu'il aura gagné en créneau, mais surtout, le voilà qui allume sa climatisation à tout bout de champ ! "Il faut la faire tourner, c'est pour l'entretien."
Les embouteillages du XXIe siècle ont déjà changé de visage. A l'heure des économies d'énergie et du développement des réseaux sociaux, aucune étude ne s'est pour l'instant penchée sur le sujet. Du temps de ma tendre jeunesse, quand ça n'avançait plus, on éteignait le moteur, on sortait les boules de pétanque et on poussait les voitures en desserrant le frein à main en menant la partie en parallèle sur le bas côté. On discutait du Tour de France avec l'automobiliste arriégeois de derrière qui arborait la fameuse casquette à pois rouges, ou plus prosaïquement de la destination des vacanciers qui nous entouraient.
De nos jours, chacun s'enferme dans sa voiture, en laissant bien le moteur tourner pour que la clim' fonctionne. A l'arrière, les gamins gardent leurs écouteurs sur les oreilles, regardent un DVD ou jouent sur une console portable. On peut désormais rester planté deux heures au milieu de nulle part sans échanger un mot avec son voisin de gauche, pire s'engueuler avec la voisine de l'habitacle. On gardait des souvenirs incroyables de ces départs en vacances, forcément une aventure, toujours un souvenir à part entière de la quinzaine. Aujourd'hui, le "rush des vacanciers" ressemble à un long chemin de croix jusqu'à la plage. En plus c'est chiant la plage. Fait trop chaud.
