C'est parfois instructif d'écouter la radio. Le socialiste Claude Bartolone, député de Seine-St-Denis, était ainsi invité à se prononcer sur les manifestations et sur la réforme des retraites. Contestataire, forcément. Mauvaise réforme. Gouvernement qui fait la sourde oreille. Après tout, pourquoi pas ? Le rôle de l'opposition, c'est de s'opposer.

Et là, LA question piège pour tout socialiste qui se respecte : que proposez-vous ? Et là, surprise, Claude Bartolone avait des propositions ! Oui ! Taxer les revenus du capital, mesure phare. Quelques mesurettes plus tard, le socialiste confie dans un demi-souffle, de peur que cela s'entende de trop : "Si tout cela ne suffit pas, il faudra aussi - évidemment - songer à allonger la durée de cotisation... Peut-être 41 ans et demi." 

Ah. Là, il y a un hic. Le PS qui pousse les jeunes dans les rues, qui se met en première ligne des manifestations, qui montre sa bouille partout où il peut en vue des prochaines élections, aurait donc comme solution de financement des retraites un allongement de la durée de cotisation ? Je faisais ma vaisselle - je joue la carte de l’honnêteté - j'en ai perdu un verre. 

J'en ai même perdu mon éponge à l'énoncé d'une autre "solution" du "socialiste" : développer les fonds de pension ! Vous voulez dire le système qui a provoqué l'effondrement de l'économie mondiale ? Autrement dit, privilégier un système où les plus riches auront le plus la possibilité de cotiser pour s'assurer une retraite paisible. A moins que l'on définisse un seuil de revenus au-dessus duquel, la retraite est "privatisée", et en dessous duquel elle reste basée sur un système solidaire... 

Le dossier est compliqué. Les raccourcis pleuvent de tous côtés. Le plus beau, c'est sans doute de faire croire aux lycéens que deux ans de travail en plus pour la génération actuelle, c'est un million d'emplois en moins pour eux... Comme si, au 1er juillet par exemple, un million de personnes allaient partir à la retraite et laisser la place aux jeunes bacheliers qui n'ont pas fait d'études ! 

La réforme est sans aucun doute nécessaire. Sous quelle forme ? Avec quels financements ? Je n'ai évidemment pas la réponse, mais les explosions que l'on constate aujourd'hui sont le fruit d'une absence totale de dialogue au sein de la classe politique depuis des mois. D'un côté un gouvernement qui fonce droit(e) devant, de l'autre, une opposition qui n'a rien à dire. Au milieu un peuple, qui dans sa grande majorité ne se reconnaît plus dans ses élus. Et si c'était plutôt une crise de la démocratie ?