De plus en plus de personnes ont la parole. On la leur donne et elles la prennent. Dans tous les domaines d'ailleurs. Pour dire quoi ? Bien souvent, les phrases ont tendance à se finir par un laconique "...et voilà quoi." Le "voilà" est utilisé comme ponctuation finale, comme pour dire que l'explication, voire la démonstration, est terminée. Une sorte de CQFD des temps modernes. Le problème, c'est que la phrase en question est en général en suspens. 

Un accident : la voiture est arrivée... et voilà. Un but ? Le ballon arrive bien, je la contrôle... et voilà. L'avantage, c'est que ça force l'interlocuteur ou l'auditeur à un effort de reconstitution. La faiblesse des mots peut-elle donner plus de poids à l'imaginaire ? Quand on n'a pas les mots, on tricote autour de ce qu'on nous donne. Au risque évident de s'éloigner de la vérité. Sans aller la chercher ailleurs, la confusion règne de plus en plus autour des histoires racontées par les uns et par les autres.

Le slammeur - philosophe Abd-Al Malik disait récemment qu'il fallait éduquer nos jeunes, car sans les mots pour exprimer les sentiments, ils devaient trouver un autre moyen, le plus souvent, malheureusement, la violence. Je suis d'accord avec Abd. Ou Malik ? Bref, Al a très bien vu le problème principal de la France de demain : la difficulté à s'exprimer. L'étude Pisa 2009 a montré que les ados français ne comprenaient pas très bien ce qu'ils lisaient (en moyenne). Est-ce là l'échec du système scolaire à la française ? Je me garderais bien d'établir ce constat.

En revanche, le "voilà" s'est répandu telle une traînée de poudre. Le modèle établi depuis quelques années par la télé-réalité est celui du nivellement par le bas. Des gens qui alignent quatre mots sans fond ni fondement, avec une vacuité proprement effrayante, et que l'on porte aux nues. Bel exemple pour la jeunesse qui s'imagine pouvoir réussir sans forcer son talent. Face à ce vide qui se présente devant nous, et que l'on peut encore éviter, notre devoir n'est pas d'enrichir à l'infini le vocabulaire, mais d'apprendre à exprimer ce qu'on ressent, nos amours, nos emmerdes, nos colères, notre haine. On a tous à y gagner. Enfin voilà quoi.